12 janvier 2016

[Note Stratégique] Les objets connectés et la Défense

Le terme « Internet des Objets » (IoT) a succédé à celui de « Machine to Machine » (ou M2M) pour désigner un marché en pleine croissance, qui promet de connecter à Internet vos objets du quotidien. L’innovation technologique – des capteurs communicants peu couteux et peu gourmands en énergie – a été connue du grand public grâce aux « wearables » : montre, semelle ou encore lunettes connectées. Ces termes en vogue sont donc, en réalité, au coeur d’une nouvelle évolution numérique. En 2020, le nombre d’objets connectés devrait être multiplié par 5 par rapport à 2015 et dépasser les 25 milliards. Par ailleurs, l’IoT contribuerait également à doubler la taille de l’univers numérique tous les deux ans, lequel pourrait représenter 44 000 milliards de gigaoctets en 2020, soit 10 fois plus qu’en 2013.

Cette évolution (ou révolution) est rendue possible car le maillon principal de la chaîne (à savoir les réseaux de communication) devient opérationnel. Les réseaux et les technologies radios associées (réseau SIGFOX, protocole LORA, les technologies Bluetooth 4.0 ou DASH7,…) offrent aujourd’hui une réponse très efficace et fiable aux besoins spécifiques de communication des objets connectés grâce à un remarquable compromis débit/portée et avec d’excellentes performances de gestion d’énergie. L’émergence d’opérateurs et de réseaux facilite ainsi la mise en oeuvre et le déploiement de solutions adaptées à différents services.

La France, dans cette nouvelle ère numérique qui commence, dispose de nombreux atouts : start-ups, pôles de compétitivité, opérateurs de niveau international, plan « objets connectés », label FrenchTech, etc. L’IdO a par ailleurs été classé comme principale priorité de la transformation numérique de l’économie européenne.

Pour la Défense, les technologies innovantes qui apparaissent avec l’IoT pourraient permettre d’augmenter de façon exponentielle le nombre d’objets connectés sur les théâtres d’opération. Ces objets en recueillant passivement et activement l’information à des fins diverses peuvent constituer un point d’inflexion dans la conduite des opérations. Si une avancée technologique ne constitue pas en soi une avancée militaire, la rencontre d’une possibilité technique et d’un concept d’emploi pertinent peut être décisive. Dans le cas de l’IoT, c’est donc la rencontre de ces deux éléments, généralement d’abord technologiques (les réseaux et technologies radios accessibles qui offrent une réponse très efficace et fiable aux besoins spécifiques de communication des objets connectés), puis seulement ensuite militaires (qui exploitent les possibilités ouvertes par cette technologie), qui peut donner naissance à une rupture. Ces technologies innovantes qui apparaissent avec l’IoT doivent être utilisées par la Défense afin de maîtriser l’information et d’accélérer encore le renseignement et le tempo des opérations.


A propos des auteurs :

Julie Lanckriet est Consultante chez CEIS depuis janvier 2015. Julie intervient dans le cadre de la mission SIA Lab (www.sia-lab.fr) où elle est plus particulièrement en charge de la détection et de l’identification de partenaires industriels – notamment parmi le tissu des PME françaises – à même de proposer des solutions innovantes pouvant être rapidement disponibles sur l’infrastructure du nouveau Système d’Information des Armées (SIA). Diplômée de Science Po (Strasbourg), Julie a effectué de nombreux stages avant de rejoindre CEIS, notamment au Service Européen pour l’Action Extérieure et au Ministère des Affaires étrangères.

Christian Cosquer est Général de brigade (2S), Saint-Cyrien et diplômé de l’Ecole Supérieure d’Electricité (SUPELEC). Il a notamment assuré les fonctions d’officier de programme à l’état-major de l’armée de terre et d’officier de cohérence opérationnelle à l’état-major des armées. Chef de corps d’un régiment de transmissions, il a effectué de nombreux séjours opérationnels dans les Balkans et en Afrique. Christian Cosquer intervient plus particulièrement dans le cadre de la mission du SIA Lab (www.sia-lab.fr) qui est d’identifier pour le ministère de la Défense des solutions innovantes pouvant être rapidement disponibles sur l’infrastructure du SIA.