30 juillet 2015

[Note Stratégique] Numérisation de l’Outil de Défense – Des impacts multiples sur les moyens, les compétences et la formation

En deux décennies, la numérisation s’est progressivement imposée à tous les niveaux du quotidien de nos sociétés: activités sociales, activités professionnelles, relations familiales. Musique, téléphone, médias, livres, cartes géographiques, monnaies virtuelles, tickets de transport, livret médical sont devenus autant de biens numériques en l’espace de quelques années, bouleversant des industries établies. Mais Internet n’est plus seulement un moyen de communication, de divertissement, et de commerce. Il est devenu un système critique pour la survie économique des entreprises et pour le fonctionnement des infrastructures vitales (énergie, transport, santé, alimentaire) et de la société en général.

La numérisation a également des implications profondes pour l’outil de Défense, que ce soit dans le fonctionnement courant des forces armées ou dans la conduite des opérations. Elle permet un raccourcissement généralisé des boucles informationnelles et décisionnelles et une réactivité accrue des forces. Ce phénomène, si l’on n’y prête pas attention, pourrait avoir comme conséquence un écrasement des chaînes hiérarchiques. Elle implique aussi une technicité accrue dans les moyens mis en oeuvre et leur cyber protection et donc un besoin de profils plus techniques. Enfin, en termes d’usages, la société dans laquelle les forces armées évoluent étant hyper connectée, elles sont confrontées à une surexposition médiatique rendant les populations plus sensibles aux actions des forces armées – même à distance.

La liste de ces changements plus ou moins amorcés pourrait être continuée quasiment à l’infini : l’utilisation des réseaux sociaux pour une communication en tout temps et en tout lieu, la multiplication des objets connectés pour des applications liées à la santé, l’utilisation de robots ou de véhicules autonomes sont autant d’exemples de l’omniprésence du numérique. Et tous ont un impact sur le fonctionnement des forces armées. Une des conséquences de ces nouveaux usages numériques est le sentiment de l’effacement de la frontière entre mondes civil et militaire, entre sécurité et défense et entre sphères publique et privée. D’une complexité croissante, tous les équipements sont appelés à évoluer de façon de plus en plus connectée et interdépendante. Mais au delà des systèmes d’armes et des équipements, l’action militaire est l’expression d’une volonté où la place de l’homme est centrale. Clausewitz disait que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». C’est pour cette raison essentielle qu’il s’agit de garder les hommes au coeur de la réflexion sur les impacts de ces changements en cours. Ceux-ci doivent être pris en compte en adaptant la préparation opérationnelle et le modèle des ressources humaines tout en assurant la cohérence opérationnelle et organique.


A propos des auteurs :

Asinetta Serban est Consultante senior chez CEIS-Bureau Européen. En plus de ses missions de conseil et d’analyse, elle participe aux projets européens de recherche conduits par CEIS dans les domaines de la sécurité. Parmi ses autres missions, Asinetta soutient la gestion de l’EUROSINT FORUM, l’association pan-européenne des professionnels du renseignement.

Christian Cosquer est Général de brigade (2S), Saint-Cyrien et diplômé de l’Ecole Supérieure d’Electricité (SUPELEC). Il a notamment assuré les fonctions d’officier de programme à l’état-major de l’armée de terre et d’officier de cohérence opérationnelle à l’état-major des armées. Chef de corps d’un régiment de transmissions, il a effectué de nombreux séjours opérationnels dans les Balkans et en Afrique. Christian Cosquer intervient plus particulièrement dans le cadre de la mission du SIA Lab (www.sia-lab.fr) qui est d’identifier pour le ministère de la Défense des solutions innovantes pouvant être rapidement disponibles sur l’infrastructure du SIA.