12 janvier 2016

[Note Stratégique] Rattrapages technologiques et technologies de l’information

En novembre 2012, l’Armée populaire de libération dévoilait son nouveau système de protection visant à répondre à une attaque air-mer sur le territoire chinois. L’architecture de ce système reposait sur l’intégration de capacités C4ISR et démontrait les progrès réalisés par la Chine pour mettre en oeuvre la numérisation et la mise en réseau de ses forces armées. Ces progrès résultent de l’application d’une stratégie nationale visant à tirer profitdes technologies civiles pour des applications militaires, dans le domaine des technologies de l’information et de la communication où la technologie civile est maintenant prépondérante (cloud, mobilité des systèmes, sécurité applicative) et les cycles de produits industriels plus courts et moins coûteux que ceux des programmes d’armement.

Cet exemple illustre les conséquences majeures de la diffusion rapide des technologies de l’information sur la modernisation des forces armées. La dualité croissante des technologies et des usages numériques offre aux armées la possibilité d’un accès et d’une utilisation plus simple des équipements et capacités SIC. Des équipements et matériels conçus pour des usages civils (images satellites, GPS, drones légers) offrent des capacités et des gains opérationnels réels en situation de combat. Les armées cherchent ainsi naturellement à tirer un bénéfice de cette porosité croissante. Aux Etats-Unis, la DARPA a par exemple lancé le programme Advanced Wireless Networks for the Soldier (AWNS) visant à accroitre les transmissions mobiles du combattant en éliminant toute infrastructure fixe et en utilisant les technologies civiles les plus innovantes tout en recherchant la rusticité et la souplesse d’emploi.

Cette dualité croissante semble permettre à des Etats qui n’ont pas encore une approche capacitaire et industrielle consolidée – notamment adossée à des programmes spécifiques de recherche et développement (R&D) de défense – de disposer de moyens réservés jusque-là à des armées de premier plan. Ce phénomène contribue à l’augmentation du nombre de pays à forte capacité technologique et menace également la supériorité technologique – et donc opérationnelle – jusque-là incontestée de certains Etats, dont la France. Les acteurs non-étatiques savent également tirer profit de ce phénomène. C’est le cas par exemple du proto-Etat qu’est Daech pour qui les nouvelles technologies sont autant de moyens de communication et de renseignement comme par exemple l’utilisation des mini-drones civils à des fins de reconnaissance.

Dans un contexte de numérisation croissante, les armées les mieux équipées sont de plus en plus confrontées à des acteurs réputés moins puissants mais utilisant des technologies civiles à faible coût, innovantes et facilement accessibles. Cela confirme la réalité d’une dualité à double tranchant : l’adversaire, même non-étatique, profite également des apports des nouvelles technologies, tout en s’exposant aux risques liés à leur utilisation. Elle pose également la question du pouvoir nivelant des technologies de la communication et de l’information. Et, au vu de l’importance désormais critique des outils SIC dans la conduite des opérations, elle souligne finalemen le besoin pour les forces armées d’accentuer leur avantage technologique et opérationnel par :

– le durcissement des outils et des composants SIC

– leur intégration et interopérabilité totale avec leurs différents systèmes d’armes

– la capacité à opérer dans un système et un environnement global

– la définition de concepts et doctrines d’emploi clairs.


 

A propos des auteurs :

Asinetta Serban est Consultante senior chez CEIS-Bureau Européen. En plus de ses missions de conseil et d’analyse, elle participe aux projets européens de recherche conduits par CEIS dans les domaines de la sécurité. Parmi ses autres missions, Asinetta soutient la gestion de l’EUROSINT FORUM, l’association pan-européenne des professionnels du renseignement.

Martin de Maupeou est Consultant chez CEIS-Bureau Européen. Il participe aux études et missions de conseil menées par CEIS-Bureau Européen auprès d’acteurs publics et privés de la Défense et participe également à plusieurs projets de recherche en Sécurité.