25 février 2019

[UED Permanente] Publication du CR “Intelligence artificielle pour le C2”

Le 5 février, CEIS a organisé au CEIS Lab un « petit déjeuner de l’UED Permanente » sur le thème « Intelligence Artificielle (IA) et Big Data pour le Commandement & Contrôle (C2) », animé par le Général (2S) Jean-Paul Paloméros ancien Supreme Allied Commander Transformation (SACT) de l’OTAN et Conseiller Senior auprès de CEIS, ainsi qu’Axel Dyèvre, Directeur associé chez CEIS.

Dans son acception commune, l’Intelligence Artificielle (IA) est la capacité des machines à reproduire des fonctions que l’on attribue habituellement aux humains. La réalité de cette « Intelligence » si l’on considère qu’étymologiquement elle signifie « concevoir », « discerner » et raisonner » mérite débat. En effet, si puissants soit les matériels et logiciels d’aujourd’hui, si puissants soient les capacités de calculs, cette ‘’intelligence’’ repose toujours sur une intention initiale humaine. Un certain nombre de publications scientifiques récentes mettent d’ailleurs en cause le caractère « marketing » de cette appellation. En fait, le terme d’« Intelligence Augmentée » serait plus juste. Elle permettait d’exprimer plus justement la réalité de l’intelligence de l’humain « augmentée » par la machine, sans pour autant oublier que ces machines n’obéissent finalement qu’à la somme des commandes que nous leur donnons. Ceci est en soi une forme de réponse aux questions éthiques et déontologiques parfois soulevées puisqu’il n’y a pas d’ autonomie (ce qui supposerait décision) ; la machine ne faisant qu’appliquer des règles fixées par un cerveau humain.

L’IA a connu un regain d’intérêt ces dernières années avec l’explosion du volume de données disponibles ou Big Data (chiffres, texte, audio, vidéos, etc.). Les outils de gestion de l’information utilisés jusqu’alors ne permettaient pas en effet d’y faire face. L’accroissement des performances hardware a notamment permis dans les 10 dernières années de pouvoir échanger, stocker et traiter à des vitesses de plus en plus importantes ces données. Les années 2000 ont vu alors l’émergence du deep learning, des technologies d’apprentissage automatique basée sur un réseau de neurones artificiels, la vitesse d’exécution et la performance des algorithmes donnant alors cette impression « d’intelligence ».

A ce jour, deux approches de l’IA co-existent. La première, pouvant être considérée comme une approche « embarquée » est basée sur un système de traitement en local ne nécessitant pas de connexion. Le volume d’informations traité est de fait réduit, la puissance utilisée est celle de l’appareil connecté lui-même et la performance peut en être affectée. Toutefois la question de la disponibilité du réseau internet ne se pose pas (mode dégradé) et la vulnérabilité du système aux cyberattaques est moins importante. La seconde, dite « centralisée », nécessite une connexion réseau et repose sur une analyse « déportée » sur des serveurs stockant des volumes de données – donc d’éléments de référence -massifs. La performance est souvent meilleure mais le fonctionnement de l’appareil connecté devient très dépendant de la garantie de disponibilité du réseau.

Le domaine militaire n’échappe pas à la tendance actuelle d’explosion des volumes de données à traiter. Traiter en temps et en heure ces masses et ces flux devient de plus en plus difficile – voire impossible – et le recours à l’IA peut être un moyen de surmonter ces défis dans le cadre des différents volets du C2 :

  • Anticipation: détecter le signal parmi le bruit ou détecter des tendances ; présélectionner des données à traiter par l’homme et détecter des anomalies.
  • Planification: analyser de grandes quantités d’information pour générer des scénarios ; tester un grand nombre d’hypothèses avant la validation par l’homme.
  • Conduite: synthétiser de grandes masses de données et ajuster les différents paramètres en temps réel ; générer des scénarios en temps réel pour faciliter la prise de décision.
  • RETEX: scanner de grands volumes de données hétérogènes ; générer des indicateurs clés et dégager des tendances non perceptibles par l’homme.

De plus, l’IA permet de penser de nouvelles méthodes d’entraînement et de formation du personnel militaire. A titre d’exemple, la réalité augmentée (qui utile massivement l’IA) est déjà utilisée pour des exercices de simulation et mise en situation lors de l’entraînement des forces.

Toutefois, les avantages que peut présenter l’usage de l’IA ne doivent pas masquer les questions qui se posent :

  • La première est celle de la confidentialité. En effet, afin de d’entrainer des algorithmes d’IA performants et adaptés, les industriels ont besoin d’accéder à des jeux de données de référence, qui peuvent s’avérer être confidentielles et non transmissibles ;
  • la deuxième interroge sur la relation homme-machine et le niveau de confiance accordée aux résultats produits par l’IA ;
  • Enfin, les questions de la connexion, de la connectivité et de la disponibilité des informations en réseau sur des théâtres d’opération isolés, restent également problématiques : les Armées doivent pouvoir effectivement agir dans des conditions très dégradées.

Il conviendra d’apporter des réponses à ces questions avant d’intégrer l’usage systématique de l’IA par les Armées.

Si l’usage de l’IA au sein des Armées reste aujourd’hui embryonnaire , des premières expérimentations et programmes ont toutefois été lancés. Le Commandement pour les Opérations Interarmées (CPOIA), a ainsi lancé un « défi » aux industriels sur ces questions, au sein de son « C2 Lab » et en attend de premiers résultats à court terme.

A propos de l’UED et de l’UED Permanente
Organisée avec le soutien du Ministère des Armées et la participation des Présidents des Commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat et en présence de la Ministre des Armées et des Présidents des deux Commissions, l’Université d’Été de la Défense (UED) rassemble chaque année plus de 500 hauts responsables politiques nationaux et internationaux, ainsi que les acteurs clés de l’administration et du secteur industriel. Elle offre un cadre unique et privilégié de réflexion et de dialogue aux acteurs qui contribuent à construire une communauté de Défense internationale et pérenne

L’Université d’été Permanente de la Défense (UED Permanente) offre à ses participants la possibilité d’entretenir les débats menés en Septembre à l’occasion des Universités d’été de la Défense. Ces rendez-vous réguliers ont pour objectif d’approfondir et de prolonger les discussions et d’ouvrir les réflexions sur les enjeux permanents du secteur et d’éclairer les réflexions de chacun des participants,  de les confronter aux réalités du terrain ou de l’actualité, et de les nourrir des interventions d’experts et des résultats des recherches les plus à jour. Les Petit-Déjeuners de l’UED permanente sont accessibles uniquement sur invitation.